Chronicles
La chronique croisée de Mr L. & Mr. E, S01E02 : de l’aura de Dane & Matt sur notre petit monde.
Ce matin j’ai reçu un coup de fil de Mr. E, plutôt contrarié…
- Ta chronique s’essouffle mec! Il faut que tu nous pondes quelque chose!
- Tu te moques de moi? Je t’en ai sorti une le mois dernier et tu ne l’as pas publiée!
- Arrêtes, tu sais très bien que sur le coup t’avais été mauvais…
- Bon OK
Toujours est il, comme on ne base pas notre vie sur des problèmes éditoriaux et que la semaine a été assez sympa niveau surf dans le sud ouest, on commence à papoter vagues, boards et prévisions météo (tiens tiens ca change un peu)… Dernièrement il a posté un petit Edit sur son mentor, j’ai cité Dane Reynolds, en train de surfer sur une Proton (plus longue que ce à quoi il nous a habitué ces dernières années – NDLR). De là s’en suit alors une discussion sur notre choix de planche qui dure des heures et des heures. Et bien voilà, on la tient notre chronique: les courants à la mode dans le shape et comment les majors nous bercent d’illusions (perdues ?) avec des nouveautés bien marketées.
Le choix des planches? C’est quand même une question délicate non? Est ce que l’on va enfin fracasser comme les gars que l’on regarde à longueur de journées sur le web? Rien n’est moins sur! Et pourtant on s’est tous rendus fou jusqu’à l’hystérie au moment de commander notre nouveau jouet.
Allez petite révision sur l’histoire du shape. Début des 80’s, Simon Anderson révolutionne la chose en inventant le thruster. Il prouve à tout le monde que ça marche et que ce n’est pas du pipo en mettant quelques roustes bien senties à Mark Richards, l’indétrônable de l’époque, dont une mémorable à Bells Beach. Hop! Pari gagné, les trois ailerons deviennent LA référence ultime pour surfer tous types de conditions.
La décennie suivante, on se met donc à rider des boards entre 6’0’’ et 6’4’’ ; rien ne bouge hormis l’épaisseur et la largeur qui fondent au soleil comme neige. Du coup on se pourrit tous la vie et on gesticule plus qu’on ne surfe… Il faut bien l’avouer, nous ne sommes pas très doués et générer de la vitesse devient assez problématique.
Milieu des 90’s un shaper hors norme (doublé d’un entrepreneur assez doué), Matt Biolos vient défrayer la chronique en imposant de nouveaux critères de shape avec sa vidéo magique « 5’5’‘x19’’1/4x2’’1/4 » qui deviendra un standard en matière de planches. Le RNF de chez …LOST est né. Le phénomène reste pourtant assez confidentiel même si Tom Curren commençait déjà à se coller de sacrés tuyaux sur son fish (5’6’’ si je ne m’abuse?) dans une séquence incroyable tournée à Bawa. Ah Ouai? On peut tuber en Indo sur un fish dans du 10 pieds? Du coup, le RNF devient vite un best seller mondial dont Corey Lopez ne cesse de nous vanter les vertus. Et c’est vrai que ça marche plutôt bien, le grand public redécouvrant aussi les joies de la glisse.
Les années passent et hormis quelques fous, la masse reste scotchée à ses idéaux «made in Taylor Steele» : « la galette y’a que ça de vrai!».
2007, …LOST, toujours les mêmes, frappent un grand coup. La vidéo Redux est dans les bacs. Le concept? La course au rabot. Le principe est simple : nous prouver par tous les moyens que moins t’as de longueur sous les pieds et plus tu vas t’amuser. Au Petit Comité on regarde 5’5 X 19 ¼ Redux en boucle pendant des semaines entières, on vend nos quivers dans leur intégralité et on achète du Lost, toujours du Lost. Du coup on commande des planches à ne plus savoir quoi en faire. Tout y passe: du Shark, de la Rocket, du RNF, et apparemment on n’est pas les seuls… C’est la frénésie: Si Mr E. commande sa Rocket en 5’5’’ et bien «moi mieux», je l’aurai en 5’3’’, on compense avec de la largeur et du volume. Nous sommes sur un petit nuage : on se sent aller vite, très vite et comme en Med la longueur moyenne d’une vague est de 10 mètres nous sommes au paradis et on n’en demande pas plus. Et puis c’est stylé d’arriver au pic en 5’3’’ et ça fait parler de soi, c’est cool on est au centre de toutes les discussions. Mais ça s’arrête là!!
Dans cette surenchère, tous les shapers y vont de leur modèle miniature mais peu, voir aucun, n’arrivent à détrôner l’écurie …LOST. Hormis un: Al Merrick. Channel Island vient donc déstabiliser le crew de Matt Biolos avec sa Dumpster Diver et son rider phare (sûrement le VRP à la fois le plus détaché et le plus influent du surf business de ces dernières années - NDLR): Dane Reynolds.
Ah Dane! Un sujet sensible, est ce que je vais devoir surveiller mon langage sous peine de m’attirer les foudres de Mr. E et Mr. B? Bon je leur concède que le garçon a du talent à ne plus savoir quoi en faire et que sa touche décalée a insufflée un brin de fraicheur dans le milieu… Dane surfe la Dumpster en 5’7’‘x19’’1/4 dès son arrivée sur le CT. La planche est à l’opposé des standards du tour (quoi que Kelly s’était essayé au phénomène redux l’année précédente notamment à Pipe et à Snapper – NDLR) mais Dane impressionne en atomisant Trestles. Conséquence: la board est sur toutes les lèvres et devient sold out avant même sa mise en production. Délais de livraison pour l’Europe: Quatre mois. BOUM!
C’est parti on l’a eu notre Dumpster, c’est clair que maintenant nous n’avons plus d’excuses. Al nous l’a promis : on va balancer des reverses airs stalefish et autre kerrupt flips dans tous les sens, la planche fait tout pour nous! Merde rien n’a changé on surfe toujours aussi mal.
Pas d’angoisse. Entre temps Dane a plié en deux sa Proton, il a scié le Tail, il fracasse au Costa Rica, la frénésie et l’espoir renaissent. La Neck Beard est née. Dane distille des clips au compte goutte à la prod. bien léchée sur Marine Layer, le marketing de C.I est bien rôdé et le talent du garçon fait le reste. Deuxième succès planétaire, on veut tous surfer comme Dane (son pro modèle de grip va peut être aussi nous y aider) avec la board de Dane. Le constat est sans appel, on a tous l’air de blaireaux, on galère toujours autant mais on a le style coco!
Le Petit Comité n’échappe pas à la règle et on s’est bien fait berner (hormis M. P qui tire son épingle du jeu, mais lui il sait surfer – NDLR). Dane est devenu un emblème pour mes acolytes… (Allez ça va j’avoue! Un peu le mien aussi…), on épie chacun de ses faits et gestes, on retombe en adolescence et on rêve d’un «Fan de» présenté par Séverine Ferrer à la gloire de notre idole. On est accrocs, et sous le charme de l’égérie C.I. On est tombé dans le panneau!
Quatre ans plus tard, la sentence est tombée et demeure sans appel : les boards courtes, c’est fun et stylé mais ça fait pas progresser! Alors comme au petit comité on est bon joueur on va vous expliquer la vérité. Nous sommes des surfeurs moyens comme 98% de la populace. Sur une planche courte on a l’impression d’aller vite et surtout on n’a pas besoin de conduire ses trajectoires sur le rail, du coup on surfe à plat tout droit et on ne travaille pas sa glisse, continuant à se bercer d’illusions. Le jour J quand les vraies conditions sont au rendez vous et qu’il faut ressortir sa 6’0’’ du placard, nous sommes perdus! Les acteurs du shape l’ont bien compris et ont joué sur ce facteur pour vendre du polyuréthane à foison, et tant mieux pour eux, ça fait vivre le commerce. Avoir une planche courte et fun dans son quiver c’est bien, n’envisager son surf qu’au travers de ces petites bombes c’est une erreur. Efforçons nous d’aller surfer avec deux boards à chaque session, retournons aux fondamentaux, sortons les thrusters conventionnels des chaussettes et allons glisser…
Bein merde alors on pompe encore Dane. Lui aussi a récupéré sa Proton d’antan (cf. le post de la semaine dernière)… Est-ce que C.I aurait un surplus de Proton en stock ? Ah la la! On s’est bien fait berner, C.I nous a encore eu et Dane continue de nous montrer la voie! Merci Dane!
Mr. L & Mr. E
This is The Round Nose Fish
This is Dane & his NeckBeard
Season 1, Ep 1
About the Rip Curl Pro Portugal, by Mr. L
Alors que Mr. L avait ces derniers temps quelque peu délaissé le côté rédactionnel pour se consacrer d’avantage à la photo, il revient pousser son coup de gueule le temps d’une chronique…
«J’ai lu quelque part sur Facebook récemment que le WCT était devenu le World Claim Tour.
La même personne qui mit ce statut en ligne m’avait glissé il y a quelques mois de cela que Le Petit Comité devrait balancer un peu plus sur nos chers amis les pros surfeurs plutôt que de faire dans le lustrage conventionnel. Il parait que c’est ce que veulent les lecteurs, en quelques sortes un retour aux pugilats des gladiateurs Romains version web 2.0.
J’enfile donc ma toge de Spartacus et prends le glaive à la main pour rentrer dans l’arène.
Le Rip Curl Pro Peniche vient de s’achever hier soir dans des conditions dantesques. L’ASP ne manque pas de superlatifs pour qualifier cet event au combien exceptionnel (La nouvelle définition du dream tour étant cette année une mégalopole de plus de 4 millions d’habitants, le plus de béton possible et des vagues de moins d’un mètre). Pour une fois l’instance suprême du surf mondial a relayé les tweets de nos amis surfeurs, les faisant clamer haut et fort leur joie intense de retrouver de vraies conditions et y est allé de son amas de données foireuses (event bouclé en moins de trois jours, une première dans l’histoire de l’ASP, Wouaaah merci la stat!!!).
Mais au delà de ça, (c’était une première offensive purement gratuite) ce qui me chagrine le plus c’est le comportement des surfeurs durant leurs séries. A quoi joue t’on? Non mais sérieusement! Le live est devenu insupportable à regarder, à chaque drop mon coeur se met à battre… Adriano et ses homologues brésiliens vont ils claimer??? (Ndlr : c’était quoi ce claim lors de ta première vague de la finale Adriano?!?!?? Un appel au massacre???) Mais ce qui était il y a encore quelques années l’apanage du contingent Carioca commence à contaminer une grande partie du World Tour.
Les gars il est temps de redescendre sur terre un peu!!! Le claim est tout de même censé être une expression de joie non contrôlée ponctuant un moment de bravoure ou de technicité extraordinaire. Ce n’est en aucun cas un acte de mendicité pour glaner les quelques points manquant pour gagner le heat.
Je n’ai pas été très fan du débordement de Bobby Martinez pendant le Quik Pro NYC, force est de constater que le Chicano avait peut être raison, le WCT est en train de devenir un Fuckin’ wannabe tennis tour avec son lot de surfeurs starlettes plus passionnés par les dollars et les feux des projecteurs que par le sport qu’ils pratiquent. Et si le coeur du problème était là…
Kelly, à bientôt quarante ans, les empêchent de briller comme les étoiles qu’ils estiment être. Ils tentent donc d’attirer notre attention en levant les bras au ciel… Mission réussie les gars vous nous avez saoulés…»
Mr. L, Siargao, Philippines, 19 Octobre 2011.